Excixion, circoncision, "Tais-toi, c'est pour ton bien!" - Sigismond
From Peaceful Beginnings
Les sciences humaines contre les mutilations sexuelles
"Ce n’est pas la peine de dire
"Que les enfants nous ressemblent,
"Qu’ils ont les mêmes cicatrices,
"Et qu’ils naissent avec la violence.
"Ca nous arrange bien de dire ça,
"Ca nous aide à les éduquer,
"A notre image, à notre image.
"Ca postulat : parents, savoir, pouvoir,
"Et cette dictature sournoise
"Qui les éloigne de leur beauté initiale…"
Morice Bénin
Le concept de mutilations sexuelles infantiles (*) n'est pas encore très répandu. Historiquement en effet, les féministes occidentales, qui ont été à l'avant-garde du combat, ont ignoré et ignorent encore les mutilations infantiles pour ne parler que des féminines. S'appropriant la lutte contre les mutilations sexuelles, elles en font une joute entre adultes des deux sexes. Mais seul le concept de mutilations sexuelles infantiles permet de faire face à la réalité d'un phénomène qui frappe les enfants d'abord. Il résulte d'un savoir adulte illusoire et d'une inacceptable possessivité : "Je sais, donc j'ai le droit de disposer de ton corps." Cela en dépit des controverses sur ce soi-disant savoir puisque les groupes voisins agissent différemment. Dans le doute, on s'abstient.
L'ordre moral
Nous nous élevons contre l'ordre moral sociétal et religieux qui tente de dominer et instrumentaliser l'enfant par des techniques terroristes de répression de la sexualité : marquage, mutilation et torture. Sous couvert de marquage identitaire ou de rites de passage à un âge soi-disant adulte, elles ont pour unique but d'obtenir la soumission et la prétendue pureté morale et physique de l'enfant, par une violence et une menace qui le traumatisent. Elles sont parfois un préalable à l'asservissement pur et simple et/ou sexuel. Perpétrés contre une catégorie particulière de la population, ces crimes sont des crimes contre l'humanité. Étant relativement mineurs, ils sont pardonnables dans la mesure où ils reposent sur une coutume antique et héréditaire mais ils ne le sont qu'à condition de cesser.
En ce qui concerne les jeunes filles, les films "Nightwatching" ("La Ronde de nuit – Crime dans un tableau hollandais") et "Épouses et concubines" montrent que ces coutumes barbares ne sont pas réservées à l'islam, au judaïsme et à quelques tribus primitives mais existaient aussi dans les civilisations occidentale et chinoise. En effet, il y a seulement quelques siècles, les bourgeois hollandais toléraient, pour s'épargner le labeur du dépucelage, qu'on leur "ouvre" au couteau celles dont ils abusaient. La noblesse chinoise, de son côté, mariait plus facilement ses filles au moyen de la torture du bandage des pieds. Cependant, ces barbaries sont accompagnées par la répression verbale. Cette dernière opère une mutilation mentale, seule présente dans la majeure partie de l'humanité. Les mutilations sexuelles au sens large asservissent l'individu à des valeurs puritaines et hypocrites.
Contre ces violences, nous rassemblons et prolongeons d'une part les découvertes de la psychanalyse – c'est-à-dire d'un côté la sexualité infantile et l'inconscient freudiens, de l'autre l'accent mis par Alice Miller sur le traumatisme infantile (alice-miller.com) – d'autre part celles de l'anthropologie culturelle américaine (cf. James Prescott, violence.de). Cette dernière affirme que la violence est inhibée par le plaisir et réciproquement. La conclusion est la même : la violence dans l'éducation, plutôt que les soins tendres, a un résultat catastrophique : elle génère la violence, la dépression ou les addictions. Biologie, anatomie et neuro-anatomie, médecine prophylactique, psychiatrie, sexologie, éthique, droit, sociologie, ethnologie, histoire des cultures et des religions, et psychanalyse, les sciences humaines sont unanimes à prendre la défense d'organes parfois prétendus superflus mais en vérité détruits parce qu'ils sont les organes spécifiques d'une pratique taboue : l'autosexualité.
Définition des mutilations sexuelles infantiles
La préservation du clitoris et du prépuce s'articule autour de cinq éléments qui illustrent le caractère essentiel à la vie des organes supprimés. Ces cinq éléments définissent les MSI. Éducation par la violence, les mutilations sexuelles infantiles castrent irrémédiablement les enfants des organes de l'autosexualité, en traumatisant profondément la personne humaine. Elles sont destinées à soumettre les enfants et augmenter leur "valeur" sociétale (et quelquefois marchande) en détournant la sexualité du plaisir vers la reproduction, surtout pour les femmes. Elles sont aussi effectuées dans le but de séparer l’ethnie des autres, par un racisme artificiel censé décerner une supériorité morale et excluant les opposants. Dans une même optique répressive, la pédiatre Edwige Antier défendait récemment le retour à la navrante mais lucrative épidémie d'ablations d'amygdales ou de végétations, comme technique de soumission des enfants turbulents, en avançant que leur ablation est efficace parce qu'elle symbolise la castration.
Premier élément : la mutilation physique. Pour les normaux (la très grande majorité : 80% de la population mondiale) qui tirent plaisir de ces organes, ce plaisir particulier, éventuellement extrême, est indiscutable, aussi bien pour l'homme que pour la femme. Les découvertes récentes de la médecine anatomique confirment leurs affirmations empiriques. Celle de Taylor (1), en 1996, concerne la fonction d'exquise mécanique érogène de l'anneau de l'extrémité du prépuce. Depuis cette date, il est scientifiquement démontré que l'amputation du prépuce est une véritable mutilation sexuelle ; le prépuce n'a pas seulement une fonction de protection de l'érogénéité du gland mais aussi celle de zone hautement érogène. Cette découverte n'a pas reçu le prix Nobel de médecine qu'elle mérite. Elle n'a pas été médiatisée et reste ignorée du public. Elle a été expérimentalement confirmée par l'enquête de sensibilité de Sorrells (2). Enfin, la troisième fonction sexuelle du prépuce, celle de coussinet mobile réducteur de friction dans le coït, a aussi été mise en lumière. Elle explique pourquoi les africaines aux partenaires sexuellement mutilés sont plus touchées par le SIDA que leurs compagnons. Plusieurs enquêtes statistiques ont montré que le statut de circoncision est sans influence significative sur la transmission des MST, sauf le SIDA. Mais Talbott (3) a montré qu'en Afrique, le continent le plus atteint, le grand vecteur de l'épidémie n'est pas le prépuce mais la prostitution. Et d'autres facteurs prédisposants ont aussi été avancés : un ver parasite, une mutation génétique. On continue néanmoins à circoncire en masse les Africains qui en font une panacée diabolique. Mais l'exemple du Japon (premier consommateur mondial de préservatifs) montre au monde entier que l'hygiène et l'utilisation du préservatif sont le plus sûr recours contre les M.S.T., y compris le SIDA. Il ne faudrait pas oublier que l'éthique élémentaire interdit la mutilation pour motif prophylactique – et tout particulièrement celle des enfants. De plus, la toilette du prépuce ne prend que quelques secondes et on n'arrache pas les dents pour ne pas avoir à les laver. Personne n'a le droit de pratiquer la circoncision sans sérieux motif strictement médical, sur un enfant comme sur un adulte.
Deuxième élément : sexuelles. Les mutilations sexuelles ne sont pas génitales ; elles portent exclusivement sur les organes spécifiques de l'autosexualité, lourdement culpabilisée. Il s'agit donc de mutilation du plaisir. Chez le garçon, cette mutilation est limitée à celle du plaisir féminin (préputial). Mais chez la fille, la mutilation du plaisir masculin (clitoridien) entraîne souvent celle du plaisir féminin (vaginal) et la mutilation du plaisir est totale ; la femme est rendue frigide.
Troisième élément : le traumatisme psychologique. La psychanalyse et la médecine psychosomatique considérant l'ensemble psycho-physique comme un tout, l'expression : "mutilation sexuelle" doit être prise au sens large. Or les mutilations sexuelles provoquent un traumatisme d'une exceptionnelle gravité. Mis en lumière par Freud, les traumatismes portant sur la sexualité infantile (je n’emploierai pas le terme méprisable qui signifie étymologiquement : "turpitude par la main") sont au fondement de la découverte de l'inconscient et donc une cause profonde de maladie mentale. La conséquence de cette nécessaire prise de conscience apporte un argument de poids aux féministes des cultures qui mutilent seulement les garçons ; les petites filles souffrent en effet, inconsciemment mais bien davantage que les garçons, de la menace associée à la circoncision. Car devant la petitesse du clitoris, une crainte de castration est improbable. Restent la menace de mort et le lourd fardeau de culpabilité associé. Car cette culpabilité porte sur la toute première sexualité, la plus simple, la plus innocente et naturelle : l'autosexualité. Lorsque des esprits malades amoindrissent ou annihilent sauvagement et hypocritement l'existence même d'un pur plaisir personnel, l'enfant tombe malade et recherchera le plaisir dans les perversions, sadiques et/ou masochistes, telles qu'en faire autant à ses propres enfants. La maladie mentale est une réaction pathologique à la perversion de l'éthique parentale.
Quatrième élément : infantile. Il signifie que les mutilations sexuelles sont pratiquées par les adultes sur les enfants. C'est la grande nouveauté d'un concept qui détonne par rapport à l'appellation courante : "mutilations sexuelles féminines" (MSF). Les plus hardis leur adjoignent les MSM mais à oser ce rapprochement – aussitôt qualifié d'amalgame – ils s'attirent les foudres de certaines féministes. Mais on n'a pas le droit d'amalgamer violence contre les adultes et violence contre les enfants. Ces derniers sont brutalement marqués à vie, d'un côté par une atteinte sauvage contre le sexe et la sexualité, de l'autre par un traumatisme psychologique aussi grave pour chacun des deux sexes même s'il demeure la plupart du temps inconscient. La guerre des sexes est une guerre d' "adultes ignorant l'enfant en eux-mêmes" (Maud Mannoni. Lettre à Sigismond). La guerre des générations, c'est avant tout la guerre aux enfants.
Cinquième élément : les mutilations sexuelles sont une mesure d’asservissement par la terreur, de discrimination et d’exclusion.
Voilà pourquoi nous nous élevons contre les appellations sexistes dressant un genre contre l'autre au lieu de les rassembler pour la défense des tout petits, de leur sexualité et de leur intégrité physique et morale. Les mutilations sexuelles sont irréversibles. Elles frappent plus particulièrement trois catégories de la population : les enfants bien sûr, mais aussi les célibataires et les veufs, pour ne rien dire du reste de la population. Tant que prévaudra le discours clito-phallocrate ou féministo-masculiniste ignorant la sexualité infantile, les mutilations sexuelles ne pourront pas être éradiquées. Par contre, leur abolition mondiale sera un puissant levier de libération des consciences.
La répression de la sexualité infantile
Voici plus d'un siècle, Freud se faisait déjà le défenseur de la sexualité infantile. En vérifiant son existence naturelle (manusexualité et auto-fellation) jusque dans la matrice, l'échographie prénatale lui apporte aujourd'hui un puissant soutien. Cependant, l'autosexualité est toujours réprimée d'une façon ou d'une autre, tout particulièrement dans les pratiques de la circoncision et de l'excision, courantes puisque, chaque minute sur la planète, 6 fillettes et 25 garçonnets passent sous le couteau. Impossible de ne pas mettre ici en avant les "droits de l'enfant" ! Bien plus, après la définition précédente des mutilations sexuelles infantiles, nous élargissons la question à celle du droit de la personne humaine, quel que soit son âge, à la libre disposition de son corps et au respect de son intégrité physique, sentimentale et mentale.
Imaginez en effet un être qui a librement pratiqué l'autosexualité dans le ventre de sa mère pendant plusieurs mois. Cet être, c'est vous. Supposez maintenant qu'à la sortie de cet Éden, un jour où vous êtes tranquillement dans votre bain, on vous fasse soudainement les gros yeux en vous disant sévèrement : "Pourquoi est-ce que c'est comme ça ? Tu y as touché ?" Ou alors, vous vous apercevez qu'insidieusement, hypocritement, tout le monde autour de vous déprécie votre acte d'amour de vous-même en le désignant par des termes péjoratifs et réprobateurs. La racine du plus courant, comme dans per-turbation, désigne le trouble. Cette condamnation semble même s'étend à l'université qui affecte des termes précieux, un peu pervers : autoérotisme, onanisme. Rappelons que faire l'amour signifie "faire l'angelot, le cupidon, le petit amour", avant de connaître le grand. "Autosexualité" doit remplacer le terme odieux, inventé par des célibataires religieux, culpabilisés et prétendument chastes, qui doit être rayé du vocabulaire. La lutte contre les violences et crimes sexuels, dont les mutilations sexuelles infantiles, passe par là. La lutte contre le SIDA aussi, comme en témoignent les chefs d'état africains qui prônent pudiquement l' "abstinence". Ce discours puritain est dangereux pour leurs peuples ; combien de jeunes, avec la crédulité de leur âge, le prendront à la lettre, ce qui serait une privation stupide et malsaine. On n'a pas le droit, surtout dans la lutte contre le SIDA, surtout à l'échelle d'une population entière et avec l'usage des médias, de renforcer subrepticement le dénigrement coutumier de l'autosexualité. Cela porte atteinte à la santé physique et psychique des peuples. Pour lutter contre le SIDA et les mutilations sexuelles infantiles, il faut abandonner toute hypocrisie.
La répression de la sexualité dite – bien à la légère – infantile résulte de ce tabou universel. Un interdit contre nature vous fait brusquement passer du paradis terrestre de la matrice à l'enfer de la répression, de la culpabilité, du trauma. La culpabilité inconsciente ainsi générée est une des origines des maladies mentales : névrose ou dépression par intériorisation de la culpabilité, conduites violentes rejetant la culpabilité sur autrui, ou apaisement de la tension produite par la culpabilité dans les perversions et addictions. Les enfants ou les jeunes gens perçoivent affectivement la répression de la sexualité comme une menace de mort par perte de l'amour et donc par abandon. Contraire à la loi naturelle, une telle menace ne peut que s'opposer à l'heureuse résolution du complexe d'Œdipe qui implique l'adhésion à la loi sociale. Le contrat social repose sur l'acceptation de la loi par des individus libres et égaux, il ne doit pas être imposé par la force ou l'intimidation. La répression de la sexualité, et tout particulièrement de la sexualité infantile, est susceptible de bloquer l'enfant ou l'adolescent dans son développement. Elle le soumet à une loi contraire à la loi naturelle, mettant le plaisir hors la loi. Certains seront inhibés dans l'exercice d'une autorité vraie ou la révolte contre les abus de l'autorité, d'autres seront poussés à la dissidence. Les perversions – notamment la pédophilie, sœur jumelle de l'homophilie – et le viol sont la conséquence directe, aggravée par le tapage sexuel des médias, de l'hypocrite réprobation publique de ce que chacun pratique allègrement en privé. De façon paradoxale, on va jusqu'à tolérer les perversions les plus tapageuses pour la seule raison qu'on est incapable de s'apercevoir de la racine du mal. Cependant, seuls les séducteurs, les violeurs, les pédophiles et les homophiles se masturbent, dans leurs victimes, leur accordant le même mépris que celui qu'ils ont subi dans leur sexualité d'enfants. Ils n'auront plus besoin de passer par là lorsque la valeur de l'autosexualité sera universellement reconnue. Elle ne l'est pour l'instant que par quelques rares personnalités ou dans certaines cultures (Asie, Océanie), plus particulièrement dans les classes populaires.
"Pour embrasser la dam', s'il faut se mettre à douze,
"J'aime mieux m'amuser tout seul, cré nom de nom!"
Georges Brassens (Le pluriel)
Des études anthropologiques transculturelles ont étendu à des populations entières les observations cliniques et théoriques de Freud et des psychanalystes. Avec une corrélation statistique absolue, elles ont montré que la dépression et la violence (drogue, alcool, criminalité) sont la conséquence de la carence de tendresse dans l'enfance et de l'interdiction de la sexualité prémaritale (cf. les travaux de James Prescott, violence.de). Malheureusement – tabou oblige – ces études n'ont pas porté sur l'interdiction de l'autosexualité aux enfants.
Les mutilations sexuelles infantiles sont le comble de cette répression. L'atroce torture physique s'accompagne d'une perte irréversible et d'une menace de castration ou de mort, ce qui provoque un profond traumatisme, inconscient mais lourdement culpabilisant. Cette culpabilité peut générer des individualités fortes et de grandes réalisations mais aussi, et tout aussi certainement, de grands désordres et troubles de la pensée (Einstein, sioniste, était malheureux en ménage). La castration physique et émotionnelle des organes spécifiques de l'autosexualité porte atteinte à l'image du corps et menace les garçons de castration totale, les filles de mort. Le résultat est un traumatisme nécessairement enfoui dans les couches les plus profondes de l'inconscient. On tremble à l'idée de ce qui peut arriver s'il en remonte. Occasionnellement, cela s'appelle un coup de tête pour une insulte, une décimation pour une mort mais aussi Hiroshima et Nagasaki en riposte à Pearl Harbour – soit, sur le plan de l'analyse pure, le tout pour la partie (un des mécanismes structurels de la perversion), à l'image inversée du traumatisme initialement subi ou du supplice redouté : la castration. Mais lorsqu'on en arrive au point d'envahir un pays pour une promesse non tenue et faite sans témoins par Dieu, on entre dans le domaine de la psychose : se prendre pour Dieu. Sur les dix génocides des temps modernes, un seul n'a pas impliqué de non-intacts, les guerres sont quatre fois plus fréquentes dans les pays circonciseurs, la peine de mort y est deux fois plus répandue et ils sont les seuls à exciser les filles. En Norvège, 60% des viols sont commis par 2% de la population qui sont circoncis. Les mutilations sexuelles infantiles sont le terreau du sexisme, de la paranoïa, du fanatisme et du terrorisme de groupe ou d'état, elles sont aussi celui des excès contre terroristes.
Ces mutilations sont extrêmement nuisibles dans le cas du nourrisson (USA, Corée du Sud, Juifs) où la circoncision, commise avant l'âge de la parole, ne peut être verbalisée, ce qui empêche la substitution de la société à la mère et rend plus horrible le choc émotionnel. La torture est redoublée par l'écorchement du gland (collé au prépuce à cet âge). Aujourd'hui, les meilleurs observateurs de l'enfance recommandent fortement la naissance en douceur (Leboyer), l'allaitement jusqu'à l'âge de la parole et le portage jusqu'à celui de la marche. On est aux antipodes des sauvages ordalies de séparation d'avec la mère qui font entrer l'enfant dans une sorte de service militaire barbare. Les mutilations sexuelles infantiles n'accueillent pas le nourrisson dans une société régulée par la différence des sexes et des âges, elles l'enrôlent dans des bandes de pirates ivres de domination et de sang. Ces bandes sont soumises à des hiérarchies de type médiéval qui ont pour seule règle le rapport de force de l'allégeance personnelle, dans une relation de séduction homophile et sadique. On est dans la bestialité pure, nous ne dirons pas l'animalité‚ parce que les animaux ne connaissent pas une pareille abomination.
Les mutilations sexuelles sont particulièrement sévères dans la castration de l'organe érectile et de la vulve de la femme, pour ne rien dire des désastres à long terme souvent subis par les organes adjacents (vagin, urètre, vessie, intestin). Dans les sociétés où la femme est ouvertement une marchandise, l'excision, ravalant la sexualité féminine à la fonction de substitut du prépuce, est le complément ultime, logique, de la circoncision et vice-versa. En effet, dans les cultures polygames, ces castrations partielles, menaces de castration totale ou de mort, visent ou visaient d'un côté à imposer virginité et fidélité en réduisant les ardeurs des jeunes femmes par l'infirmité et la terreur, de l'autre, toujours par la terreur, à dissuader les fils de rivaliser avec leurs pères vis à vis des jeunes épouses. La circoncision, nous l'avons vu, menace davantage la petite fille que le petit garçon. Les mutilations sexuelles infantiles sont ainsi l'un des instruments de la perversion de la relation femme-homme dans la société patriarco-matriarcale (traitement de la femme comme une servante plutôt que comme une égale, réclusion à la maison ou sous la robe, souci obsessionnel de la pureté, négation du droit à l'éducation et au travail, polygamie, vente comme marchandise, mariage forcé, interdiction du mariage avec les étrangers, répudiation, absence de droit au divorce, impunité du viol, lapidation des adultères, crimes d' "honneur"). L'une des pires répressions de l'indépendance individuelle et de la sexualité, elles traumatisent, terrorisent et culpabilisent l'enfant et l'adulte.
L'atteinte au respect de la personne et de l'espèce humaine
Les signes physiques distinctifs portent atteinte à la dignité humaine d'une façon typique de l'ordre moral : une violation de l'intimité. Marquer le corps en fait un placard publicitaire. Moïse et Mahomet ont interdit les tatouages parce que le corps ne doit pas être traité comme une marchandise. Baisser les culottes des enfants pour les mutiler, c'est leur manquer de respect. Cela offense leur pudeur et les humilie.
Ensuite les marquages physiques s'attaquent à l'espèce humaine. Fonder une identité collective sur une atteinte à l'identité de l'espèce n'est pas seulement dégradant, c'est aussi discriminatoire puisque cela conduit à se croire une supériorité illusoire, voire à s'en targuer. Aucun peuple ne saurait se tailler au couteau sur le corps de ses enfants une identité purement formelle sans offenser le reste de l'humanité.
"Un incirconcis, ce n’est pas un homme !"
Une double exclusion : discrimination de l'individu et isolement du peuple
L'absence de mutilation entraîne le rejet par l'ethnie. Il y a là une atteinte inadmissible au droit de l'individu d'être considéré par son entourage quelle que soit son apparence physique. Cet accessoire systématique des mutilations sexuelles révèle leur signification profonde de mesure d'exclusion, de barrière au mariage hors du groupe en dissuadant les enfants de se mêler à ceux des groupes voisins, un des principaux soucis des racistes.
Destinées à séparer le groupe des autres, les mutilations sexuelles sont un acte sectaire, parfois commis au prétexte de la religion et censé apporter une supériorité morale, voire même sexuelle. Mais l'exclusion appelle la haine ; de grands penseurs (Spinoza, Freud) ont ainsi dénoncé la circoncision comme source de haine de la part des peuples voisins. Les mutilations sexuelles sont encouragées par les régimes tyranniques qui s'en servent aussi bien d'initiation pour leurs troupes que de signe de distinction tribale ou de ralliement phallique, pervers. Elles ont un caractère sexiste. Elles sont une incitation à une discrimination insidieusement déguisée sous ce qui pourrait être une parure si on pouvait l'ôter facilement, et prenant pour alibi les festivités du folklore. Imposé par les élites militaro-religieuses, le signe communautaire est toujours un appel au nationalisme, une provocation menaçante envers les étrangers, un signe de guerre. En interdisant le port des signes religieux à l'école, le législateur français ne s'y est pas trompé. Tatouages, voiles, burkas, scarifications, clitoris et prépuces coupés, dents en moins, pieds bandés, obésité forcée, peine de mort, aux armes, et cetera, l'escalade des très ethniques techniques de manipulation des esprits par la mutilation des corps est le grand instrument de la guerre des générations et des sexes. Pour être larvée et sournoise, cette guerre névrotique, source de véritables guerres, n'en est pas moins atroce. Pour canaliser les besoins humains au service des intérêts des classes dirigeantes, elle tente de détourner la sexualité contre l'amour au profit de la reproduction. Les mutilations sexuelles sont à la fois antisexuelles et antidémocratiques. C'est un comportement similaire à celui d'adolescents irresponsables et délinquants. Plus fascistes que le fascisme, les mutilations sexuelles sont insupportables aux fascistes ; ce n'est pas une raison pour que les démocrates les tolèrent.
La lutte et ses acteurs
Ceux qui mutilent leurs enfants sont victimes de leurs propres parents. Cela les conduit à dénier le caractère mutilant des ablations sexuelles. Ils doivent comprendre que ce déni est intolérable pour tous ceux qui ne les pratiquent pas, soit les quatre cinquièmes de l'humanité. Pour les non mutilateurs, la mutilation apparaît monstrueuse, celle infligée aux enfants encore davantage. Les mutilateurs doivent aussi admettre le fait que ceux qui s'opposent à la mutilation sont le plus souvent des étrangers, des occidentaux. Cela n'implique pas qu'ils s'attaqueraient à un fait culturel digne d'être préservé. Contre l'ordre moral circonciseur, l'éthique et la science universelles montrent que toute mutilation est un appauvrissement biologique et mental, une non valeur indigne de la culture. Les mutilations sexuelles infantiles sont un des pires fléaux de l'humanité. Non seulement il est naturel que ce soient surtout des non mutilateurs qui luttent contre elles – au risque de heurter leurs adeptes – mais encore il existe, au sein même des peuples mutilateurs, des consciences courageuses qui se dressent contre les mutilations. C'est ainsi que les dangers de la circoncision ont été mis en lumière par des voix africaines (4). Césaire et les noirs américains n'en font pas des valeurs de la négritude. Ces personnes doivent être écoutées.
Conclusion
Les mutilations sexuelles ne sont pas racistes ; c’est du racisme artificiel, plus raciste que le racisme. Le narcissisme culturalo-religieux ne mérite pas qu'on lui sacrifie un cheveu d'un enfant. Ses protestations et son autosatisfaction indignées doivent se taire devant les hurlements des victimes. Mais le traumatisme est avant tout psychologique et les mutilations physiques ne sont pas seules condamnables. Sans peut-être être irréversible, la mutilation des esprits par la parole, paulinienne, chrétienne, occidentale et puritaine, est presqu'aussi redoutable que les excisions physiques. Elle a le même but de rendre l'individu docile en le traumatisant par une véritable mise sous terreur inconsciente fondée sur le décret le plus stupide qui soit, faisant sans même l’avouer de l'autosexualité le péché originel. Elle est féroce et dangereuse parce qu'elle est un mensonge à la fois parental et sociétal, difficile à extirper des consciences. Les dommages provoqués par la répression mentale sont aussi incalculables que ceux de la répression physique. L'abolition des mutilations sexuelles infantiles n'est donc qu'une étape dans la lutte contre la répression de la sexualité des jeunes et pour le droit de la personne humaine à la libre disposition de son corps.
(*) L’expression "mutilations sexuelles infantiles" est récente. On la trouve, implicitement, dans le nom de l’association contre la mutilation des enfants (1989), elle apparaît dans la thèse de doctorat de droit de Maître Caroline Gonzalès (http://enfant.ovh.org/circ.pdf), sur la couverture d’un livre du docteur Gérard Zwang (Histoire des peines de sexe, 1994), puis sur internet, en 2006 (http://www.bodieslikeours.org/forums/archive/index.php/t-1805.html), sans que soient jamais soulignées sa nouveauté et sa spécificité.
(1) Taylor J., Lockwood A., Taylor A. The prepuce : specialized mucosa of the penis and its loss to circumcision. BJU 1996 ; 77 : 291-295. http://cirp.org/library/anatomy/taylor
(2) Sorrells M., Snyder J., Reiss M., Eden C., Milos M., Wilcox N., Van Howe R. Fine-touch pressure thresholds in the adult penis. BJU International 99 (4), 864-869.
http://www.icgi.org/touch-test/touch-test-article.pdf
(3) J. Talbott. "Size matters: the number of prostitutes and the global HIV/AIDS pandemic". PLoS ONE 2 (6). http://plosone.org/doi/pone.0000543.

